 Des lyres, beau titre n’est-ce
pas ? Je me suis dit que Xavier Le Floch devait manier gentiment les
mots afin de créer une joie mélancolique ou une tristesse complaisante
pour des lecteurs apaisés et confiants, « passagers de grand luxe du paquebot littérature ».
J’avais tout faux. Le traitement est autre, c’est une descente directe
à la soute, à se frotter au noir de suie. L’auteur se brûle les mains à
empoigner les mots, avant de se jeter lui-même au feu pour faire
avancer la machine.
On voyage ainsi de 1891 à 1981, de Paul et Philippine, «une prostituée bien en chair qu’une petite robe lui dévoila » jusqu’à Monsieur Bobo « qui imagine une adolescente présentant un texte de Charles Bukowsky au baccalauréat... » autant
dire du gros temps, avec quelques tempêtes, au large de trois nouvelles
et de quarante poèmes. Des tempêtes qui se lisent mais surtout
s’entendent, résonnent, font parfois chavirer le cœur. C’est sans doute
ça la poésie. Ici le matériau reste la réalité de la vie, celle aux
vêtements usés, laissant voir toutes ses déchirures. Mais Xavier Le
Floch sait aussi passer indemne par-dessus le gouffre de ses
obsessions, pour mieux pointer du doigt le grotesque de la société,
pourfendre quelques tabous et les exigences de la modernité, grâce à
son goût du burlesque, une imagination débridée et une façon très
personnelle de trousser le vocabulaire. « Peindre le réel jusqu’à découvrir les couleurs du rêve. » Est-il présent ? Cherchez-le bien, vous le trouverez…peut-être en choisissant pour guide une compagne : la fée verte. Ce n’est pas une bouteille à la mer et ça change de l’eau ferrugineuse. Et donc, ces pages sont à déguster sans modération jusqu’à : Fin de série noire. Après ? Et bien ça repart…
Henri ESTEBE
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